Communication
Nous sommes appelés à donner des soins à une personne qui travaillait avec nous. Comment pouvons-nous la soutenir le mieux possible comme personne et comme patiente, tout en répondant aux besoins des employés qui la connaissent bien?

Il arrive souvent que des travailleurs de la santé soient appelés à donner des soins à quelqu’un qu’ils connaissent. Dans certains établissements, on peut parfois modifier l’affectation des tâches. Mais lorsque le personnel connaît le patient, ou que les ressources sont limitées, cette solution n’est pas une option. Prodiguer des soins à un patient peut s'avérer particulièrement gratifiant ou délicat, selon la relation que le patient avait avec ses anciens collègues.

Premières étapes

À la première occasion, faites le point avec le patient sur la nouvelle dynamique qui s'installe dans votre relation : même si vous êtes un de ses anciens collègues, vous êtes désormais son soignant et il est votre patient. Assurez-le que vous tenez à maintenir un climat de transparence, de sincérité et de confidentialité dans vos communications. Demandez-lui souvent comment les choses se passent : les membres du personnel le traitent-ils différemment? L’évitent-ils, ou, à l’inverse, sont-ils envahissants? Plutôt que de faire des suppositions, prenez le temps nécessaire pour discuter avec lui de ses besoins en matière de soins et de la façon dont le personnel y répond.

Respect de la vie privée

Le respect de la vie privée prend ici une nouvelle dimension. Votre relation est désormais différente, et le patient peut avoir de la difficulté à parler de lui et de son état et réclamer un plus grand respect de son intimité physique.

Vous ne pouvez pas dévoiler avec abandon au reste de l'équipe ce que vous avez appris sur le patient à l'époque où vous travailliez ensemble. Il en va de même des informations que le patient peut dévoiler au hasard d'une conversation personnelle. Les choses se corsent lorsque, dans une telle conversation, le patient révèle des informations qui pourraient s'avérer pertinentes du point de vue des soins à lui donner (p. ex. soucis d'ordre familial, financier ou spirituel). De telles informations ne devraient être communiquées aux membres de l’équipe soignante qu’avec la permission du patient. Si possible, demandez au patient, au début de toute conversation, s’il s'adresse à vous en tant que patient ou s’il se confie à vous en tant qu’ami.

Au Canada, chaque province a ses propres règles en matière de protection des renseignements médicaux. Vérifiez sur Internet pour savoir ce qu'il en est dans votre secteur. Votre ancien collègue doit jouir de la même protection que les autres patients en ce qui concerne ses renseignements personnels.

Respect des limites et gestion des émotions

Sur le plan professionnel, les soins prodigués à un collègue en fin de vie devraient être les mêmes que ceux fournis à tout autre patient. Sur le plan personnel, vous devez trouver le moyen de gérer vos propres émotions vis-à-vis de la maladie et du décès imminent de votre ancien collègue, tout en continuant de lui offrir des soins et du soutien. Vous devrez également déterminer ce que vous souhaitez faire, le cas échéant, pour trouver l'apaisement dans votre relation. Par exemple, vous pourriez lui parler de l'estime que vous aviez pour lui auparavant et du soutien que vous êtes désormais en mesure de lui apporter. Vous pourriez aussi vous remémorer des moments que vous avez partagés ou régler de vieux malentendus.

Pour aider les membres de l’équipe soignante à travailler ensemble et à s'épauler, vous pourriez organiser des séances régulières et libres pour faire le point ou pour vous réconforter mutuellement et confier l'animation de ces séances à un fournisseur de soins spirituels ou à un travailleur social empathique et compétent. De telles séances permettent de créer un climat de confiance propice au partage des émotions, à l'identification des problèmes et à la recherche d'une approche concertée pour fournir des soins de qualité.

Vous pourriez aussi, tout simplement, prendre des nouvelles les uns des autres quand vous avez à vous rencontrer pour un rapport, une ronde ou un « caucus ». Les caucus réunissent tous les membres du personnel au milieu d’un quart de travail et leur permettent de faire le point. Les problèmes particuliers peuvent être soumis au conseiller spirituel, au travailleur social ou au chef d'équipe. Dans les références indiquées en bas de page, vous trouverez deux articles sur la conduite des caucus. Vous pourriez peut-être rassembler ces articles ou d'autres textes indiqués ci-dessous dans un cartable que vous laisserez dans le salon du personnel.

Voir aussi :

Le respect des limites : situations délicates pour les bénévoles en soins palliatifs
Savoir sur quel pied danser ou l’importance de la distance soignant-soigné en soins palliatifs
Soins de fin de vie et personnel de soutien : revue de la littérature

Références

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