Spiritualité
Je suis médecin en soins palliatifs et je ne crois pas en Dieu. Je suis donc mal à l’aise quand les patients me demandent de prier avec eux. Comment les encourager dans leurs croyances et leurs pratiques religieuses tout en restant fidèle à mes idées?

Comme le suggère votre question, certains patients croient ou sentent intuitivement que la maladie a une dimension spirituelle autant que physique. Pour eux, les soins médicaux font partie d’un ensemble qui englobe leur spiritualité ou leurs croyances religieuses. Devant l’anxiété qu’engendre une maladie grave et incurable, il arrive que les patients se tournent vers des pratiques ou des ressources spirituelles familières pour se rassurer, garder l’espoir ou trouver la paix. Pour d’autres, la maladie est l’occasion d’approfondir une perspective religieuse ou spirituelle plus encore que le veut la tradition de leur foi. Dans les deux cas, les patients sont souvent en butte à un questionnement spirituel qui met leurs croyances, leurs valeurs et leur pratique à rude épreuve. Les cliniciens pourront vivre une certaine tension s’ils traitent un patient dont les croyances spirituelles sont différentes des leurs, voire en conflit avec elles. Des études montrent d’ailleurs que certains soignants professionnels évitent de parler des problèmes spirituels de peur d’offenser leurs patients ou par manque de formation et d’habiletés en ce domaine[1].

Bien que la philosophie des soins palliatifs ait toujours inclus la dimension spirituelle, nous n’avons pas fini d’apprendre à répondre aux besoins religieux et spirituels des patients. Aucun plan ni aucune philosophie ne peuvent répondre parfaitement aux questions qui surviennent en pratique, mais le rapport de la conférence de concertation sur les soins spirituels et les soins palliatifs, de 2009, fait des recommandations utiles[2].

Votre question concerne l’équilibre entre le respect du patient qui demande votre appui spirituel d’une part et vos propres valeurs d’autre part. Au final, cet équilibre est d’ordre personnel; chaque soignant le trouve au fil d’essais et d’erreurs. Voici tout de même quelques suggestions.

  • Répondez franchement au patient que vous ne priez pas, mais que vous constatez l’importance de la prière pour lui et que vous acceptez de rester à ses côtés discrètement pendant qu’il prie.
    • Variantes
      • Dites au patient que même si vous-même ne priez pas, vous vous efforcerez de penser à lui dans les jours à venir. Si cela convient de le faire, vous pouvez aussi l’assurer que vous lui enverrez des pensées positives.
      • Suggérez-lui de passer quelques minutes de silence en sa compagnie à réfléchir à votre manière à ses inquiétudes et ses espoirs.
  • Dites-lui que la prière avec les patients ne fait pas partie de votre pratique, mais que vous pouvez envoyer à son chevet un intervenant en soins spirituels. Précisez que cette personne priera avec lui et pourra discuter de tous ses besoins spirituels, le cas échéant.
  • Faites de la demande de prière une occasion de discuter des pensées et des sentiments du patient sur sa maladie. Demandez-lui ce que serait sa prière et invitez-le à préciser les ressources spirituelles qui ont de l’importance pour lui. C’est une occasion de vous interroger sur la manière dont l’équipe de soins palliatifs peut accompagner les patients qui ont des besoins spirituels. Vous pourriez conclure en disant que vous comprenez l’importance de la spiritualité pour lui et que, s’il le permet, vous en parlerez avec les membres de l’équipe et que vous veillerez ensemble à répondre à ses besoins spirituels.

La spiritualité du soignant professionnel, même sans être fondée sur la religion, est une ressource qui compte dans la prestation des soins. Elle motive et oriente vers des soins sensibles et compétents. Peu importe qu’elle soit très différente de la spiritualité du patient, elle permet de saisir l’importance de ses besoins spirituels. Il se peut que la réponse du soignant déçoive le patient, qui s’attend à le voir se joindre à lui dans sa pratique religieuse. D’autres patients, en revanche, se sentiront davantage en confiance et à l’aise si le soignant leur parle avec sincérité et puise à ses propres ressources spirituelles.

Références

1. Balboni MJ, Sullivan A, Amobi A, et. al. Why is spiritual care infrequent at the end of life? Spiritual care perceptions among patients, nurses, and physicians and the role of training. J Clin Oncol. 2013;31(4):461-467.

2. Puchalski C, Ferrel B, Virani R, et al. Improving the quality of spiritual care as a dimension of palliative care: the report of the consensus conference. J Palliat Med. 2009;12(10):885-904.