Spiritualité
J’ai une collègue qui se croit obligée de partager sa croyance religieuse avec les mourants. J’ai parfois le sentiment qu’elle ne respecte pas la vie privée ou les limites des patients. Que puis-je faire?

La mort ou l’approche de la mort exacerbe parfois la sensibilité spirituelle des patients, de leur famille et des professionnels de la santé. Donner des soins à une personne au seuil de la mort et à sa famille, c’est aussi les aider à donner un sens à la situation, à trouver l’amour, l’espérance et la paix malgré des circonstances difficiles. À cela s’ajoute toutefois la responsabilité de respecter le droit des patients d’adhérer à leurs valeurs et à leurs traditions propres et de les protéger de ceux qui pourraient profiter de leur vulnérabilité.

Votre collègue semble pour le moins reconnaître que les mourants et leur famille ont parfois des questionnements d’ordre religieux ou spirituel, et elle paraît prête à partager ses propres réponses. Comme vous le suggérez, toutefois, il est difficile de savoir si elle répond ainsi à ses propres besoins ou à ceux des patients. D. Martsolf propose un modèle[1](appelé SACR-D ou « sacré » à partir des initiales anglaises) qui met en évidence cinq éléments que les professionnels de la santé doivent absolument considérer pour répondre aux problèmes spirituels de leurs patients :

  • Se connaître soi-même : l’intervenant en soins spirituels doit se connaître et développer sa sensibilité spirituelle.
  • Déterminer la spiritualité du patient : des outils normalisés et l’observation clinique aident les professionnels de la santé à se faire une idée de la spiritualité du patient.
  • Compatir : la présence des cliniciens a un effet certain sur la prestation des soins spirituels.
  • Consulter : reconnaissance de l’existence et de la nécessité de ressources spécialisées pour plus de réconfort.
  • Dialoguer : discuter des problèmes spirituels dans un langage adapté à la perspective des patients.

Vous pouvez encadrer la façon dont les membres du personnel discutent de leur foi avec les patients avec chacun d’eux individuellement ou en groupe. Dans le premier cas, vous pourriez engager avec votre collègue une conversation sur l’importance de ses croyances religieuses. Commencez par constater simplement qu’elle accorde beaucoup d’importance à sa foi avant de lui faire remarquer qu’elle parle souvent de ses croyances aux patients qu’elle traite. Vous pourriez ensuite exprimer une certaine curiosité à l’égard de l’importance de sa foi dans sa propre vie. Si l’occasion se présente et s’il paraît utile de le faire, demandez-lui d’où lui vient cette impression qu’elle doit faire part de ses croyances aux patients. Y voit-elle une obligation professionnelle ou s’agit-il d’une conviction personnelle? Vous pourriez lui poser des questions de ce genre[2]:

  • Comment cette croyance vous est-elle venue? Comment a-t-elle affecté votre vie?
  • Quel sens et quelle utilité votre foi vous permet-elle de trouver dans ce genre d’expérience?
  • Quelles croyances et quelles valeurs importent selon votre foi à vous?
  • En quoi votre foi vous aide-t-elle à vous sentir partie à quelque chose de plus grand que vous?
  • En quoi votre foi influe-t-elle sur votre relation avec Dieu (ou une puissance supérieure)? Avec les autres? Avec le monde?
  • En quoi votre foi influe-t-elle sur vos objectifs ou votre orientation dans la vie?

Si vous trouvez le moment et le lieu propices à une conversation de ce genre, contentez-vous d’écouter et de chercher à comprendre sans juger l’orientation religieuse de votre collègue ni la description de sa spiritualité. Ce faisant, vous donnez l’exemple d’une manière respectueuse d’amorcer une conversation avec les patients et leur famille. Si votre collègue y semble disposée, vous pouvez parfois exprimer votre propre perspective. Faites-le toutefois sans donner à penser que vous considérez que c’est la meilleure ou la seule manière de voir les choses. Vous révélerez ainsi une partie de vous-même, qui pourrait enrichir votre relation professionnelle. Votre démarche suggère en outre une façon de discuter de la foi qui est respectueuse et compréhensive. Il n’y a pas lieu d’interdire les conversations sur la foi entre les soignants professionnels et les patients, mais il faut discuter dans un esprit d’ouverture, d’acceptation, de respect et d’échange.

C’est toute l’équipe ou toute l’organisation qui doit répondre aux besoins spirituels des patients. L’intervenant en soins spirituels sera sans doute en mesure de vous renseigner sur la meilleure manière d’amorcer cette conversation avec vos collègues. Il pourrait peut-être aussi vous offrir une formation pour favoriser une intervention appropriée et efficace en matière de soins spirituels, afin d’aider les membres de l’équipe à développer leurs habiletés en la matière. Le rapport de la conférence de concertation sur les soins spirituels et les soins palliatifs tenue en 2009 recommande entre autres la création d’un programme de formation qui puisse aider les membres de l’équipe soignante à développer ce genre de compétences. Il recommande aussi que tous les membres de l’équipe suivent une formation sur la présence compatissante et l’écoute active[2].

Le rapport traite en outre d’un certain nombre de considérations éthiques à ne pas oublier à l’égard des besoins spirituels des patients[2]:

  • Comme beaucoup de gens au seuil de la mort prêtent tous les pouvoirs aux professionnels de la santé, ceux-ci ne doivent jamais exploiter la faiblesse ou la vulnérabilité des patients et doivent faire preuve de prudence, de réserve et de la plus grande discrétion à l’égard de leur propre spiritualité.
  • Il faut toujours maintenir une distance qui préserve les limites physiques, sociales, affectives et spirituelles du professionnel de la santé et du patient.
  • Le prosélytisme dans le cadre d’une relation clinique est une violation de la confiance que le patient témoigne au professionnel de la santé.

Le but de toute rencontre sur la spiritualité est d’amorcer un dialogue adapté aux besoins particuliers de chaque patient[2].

Références

1. Martsolf D. Cultural aspects of spirituality in cancer care. Semin Oncol Nurs. 1997;13(4):231-236.

2. Puchalski C, Ferrel B, Virani R, et al. Improving the quality of spiritual care as a dimension of palliative care: the report of the consensus conference. J Palliat Med. 2009;12(10):885-904.

3. Sinclair S, Chochinov HM. Communicating with patients about existential and spiritual issues: SACR-D work. Prog Palliat Care. 2012;20(2):72-78.