Spiritualité
Je traite une patiente qui me paraît très croyante, mais dont la religion m’est totalement inconnue. Comment puis-je la soutenir dans sa croyance et dans sa pratique religieuse?

Votre question atteste que vous comprenez l’importance de la religion pour votre patiente et que vous y êtes sensible, ce qui est un élément essentiel des soins spirituels en fin de vie. Votre sentiment d’impuissance à l’égard des questions spirituelles et religieuses est fréquent chez les professionnels de la santé et même chez les spécialistes des soins spirituels.

Les soignants professionnels peuvent aider grandement les patients à puiser dans leurs ressources spirituelles et religieuses, mais tous ne savent pas quelle attitude adopter devant une religion inconnue. Pourquoi ne pas commencer par vous renseigner sur les besoins spirituels de votre patiente?

Pour soutenir un patient dans ses croyances et sa spiritualité, il faut d’abord établir son profil spirituel pour déterminer rapidement l’état de sa santé spirituelle. Votre patiente traverse-t-elle une crise spirituelle? Est-elle en détresse? Évaluez la solidité de ses ressources spirituelles. Le profil spirituel s’établit dans le cadre des soins de base, au moyen de quelques questions simples. Exemples :

  • « Où puisez-vous la force de continuer? »
  • « Quelle est la place de la spiritualité ou de la religion dans votre vie? »
  • « Ces ressources vous aident-elles en ce moment? »

La première question vous permet de jauger la profondeur de la spiritualité de votre patiente. La deuxième lui permet d’exprimer l’importance de la religion dans sa vie et de confirmer ou d’infirmer ce que vous avez pressenti. La troisième lui donne la possibilité d’évaluer elle-même ses besoins spirituels. Peut-être avouera-t-elle que la maladie l’incite à s’interroger sur sa religion ou à en douter.

S’il s’avère que la religion est importante pour elle, envisagez la possibilité de faire établir son profil spirituel par un membre de votre équipe, par exemple l’intervenant en soins spirituels. Cette démarche importe particulièrement si votre patiente montre des signes de détresse spirituelle ou si elle exprime des besoins d’ordre religieux auxquels elle aimerait trouver réponse pendant la durée des soins. S’il n’y a pas d’intervenant en soins spirituels au sein de votre équipe, essayez de poser vous-même des questions comme celles-ci [1]:

  • « Quelles convictions ou croyances spirituelles ou religieuses ont une importance particulière pour vous?
  • « Qu’est-ce qui vous permet de trouver un sens à tout cela? De garder espoir? En quoi votre maladie a-t-elle affecté ces convictions?”
  • « De quelles pratiques ou perspectives spirituelles tirez-vous votre force intérieure? »
  • « Est-ce que vos convictions ou vos croyances influent sur le type de soins ou de traitement que vous voulez? »
  • « Quelle communauté ou quel groupe vous soutient sur le plan spirituel? Êtes-vous en communication avec ces gens? »

Considérez ces questions comme des balises plutôt que comme un questionnaire formel. Elles sont particulièrement efficaces pour amorcer une conversation sur l’importance que la patiente accorde à la religion et pour déterminer ses besoins spirituels. Le but est de déterminer ce que l’équipe et le groupe confessionnel auquel la patiente appartient, le cas échéant, pouvez faire pour l’aider.

Vous pouvez intégrer les besoins et préoccupations mis au jour par le profil spirituel dans le plan de soins ou de traitement de la patiente. Ils devraient en tout cas être consignés dans le dossier de la patiente et portés à la connaissance des autres membres de l’équipe interdisciplinaire.

Le profil pourrait révéler une détresse spirituelle, dont les signes sont peut-être d’ailleurs apparus aux membres de l’équipe qui ont des interactions fréquentes avec la patiente. Le sentiment que rien n’a de sens, le désespoir, l’isolement, la culpabilité, l’incapacité de pardonner et les conflits entre ce que l’on croit et ce que l’on vit sont autant d’aspects de la détresse spirituelle. La détresse spirituelle peut avoir une forte incidence sur le bien-être affectif, social et physique de votre patiente et il faut donc y remédier. Tous les membres de l’équipe doivent y être sensibles et doivent être en mesure de la reconnaître.

Les patients qui montrent des signes de détresse spirituelle doivent être aiguillés vers un intervenant en soins spirituels autorisé qui établira un profil spirituel complet. En l’absence d’une personne possédant ces qualifications, l’évaluation peut être faite par un membre de l’équipe qui a la sensibilité et l’habileté nécessaires pour s’occuper de problèmes spirituels et émotifs. L’outil FICA (Faith or Beliefs; Importance and Influence; Community; Address, © Christina Puchalski 1999[2]) propose aux cliniciens une manière efficace et utile de brosser un profil spirituel, c’est-à-dire de déterminer la nature des croyances, leur importance et leur influence et l’existence d’une communauté de soutien afin d’intervenir en conséquence. Utilisez le profil spirituel pour déterminer les objectifs et les interventions d’ordre spirituel qui peuvent être intégrés dans les soins ou le plan de traitement de votre patiente.

Pour bien répondre aux besoins spirituels et religieux d’un patient, il faut bien sûr respecter ce dernier et être prêt à apprendre de lui. Vous serez ainsi mieux en mesure de ménager une place d’importance à sa spiritualité et de déceler rapidement les signes de détresse spirituelle.

Références

1,2. Puchalski CM, Romer AL. Taking a spiritual history allows clinicians to understand patients more fully. J Palliat Med. 2000;3:129-137.