Spiritualité
Mes croyances et ma pratique religieuse m’aident à accomplir mon travail en soins palliatifs. Je n’ai aucun mal à parler de spiritualité et de croyances religieuses avec mes patients. Je prie avec eux quand ils le demandent. Mais comment prier avec une personne d’une autre religion, qui s’adresse à un dieu différent?

L’attention aux questionnements et aux besoins spirituels des patients et des familles fait partie de la philosophie et de la pratique des soins palliatifs. À l’évidence, vous êtes sensible à la spiritualité quand vous traitez vos patients et vous l’intégrez à votre pratique. Votre facilité à amorcer une conversation sur ce sujet et sur les croyances religieuses des patients élargit et approfondit la sphère des soins que vous et l’équipe soignante êtes en mesure de prodiguer. Le fait de prier avec les patients est une bonne façon de les accompagner dans leurs croyances religieuses et de tenir compte de la présence divine dans leur souffrance.

La spiritualité fait partie de la pratique des soins palliatifs, mais elle a plusieurs formes, compte tenu, en partie, de la culture. Il faut en tenir compte. Les prestataires de soins perdent pied, parfois, devant les besoins spirituels de patients d’une tradition différente de la leur. Il est tentant alors d’éviter la question et de laisser au patient ou à sa famille le soin d’exprimer leurs besoins et attentes à cet égard. Il vaudrait peut-être mieux se montrer prêt à apprendre du patient comment l’aider à trouver les réponses qu’il cherche pendant la maladie.

Une conversation avec le patient sur ses besoins et attentes vous aidera peut-être à découvrir comment vous et les membres de votre équipe pouvez être des ressources spirituelles pour eux. Au besoin, clarifiez avec le patient ou la famille ce que peut être votre rôle à ses côtés. Il pourra être utile de préciser que vous êtes d’une confession différente et de demander alors au patient comment il aimerait que vous priiez. Nombre de patients religieux se sentent à l’aise et soutenus si les prières, les rituels et les symboles familiers leur sont offerts par des représentants de leur propre tradition. L’intervenant en soins spirituels et vous-même pouvez les aider à trouver cette personne.

Certains patients ont un esprit ouvert et curieux qui ne se laisse pas arrêter par les frontières entre religions. Ceux-là apprécieront la possibilité de parler de leurs problèmes spirituels avec un professionnel de la santé qui appartient à une tradition différente. Cet échange de vues et cette exploration commune leur paraissent enrichir leur propre spiritualité. Ils acceptent volontiers d’inclure des gens d’autres traditions dans leur communauté spirituelle. Si ce type de relation engendre une confiance et un respect croissants, la prière commune viendra peut-être tout naturellement.

Même alors, le travailleur de la santé doit explorer soigneusement la façon dont la prière peut se faire en commun si l’occasion s’en présente. Il n’y a pas de protocole fixe qui transcende les frontières entre les religions. L’important est de trouver une façon qui convienne à la fois au patient ou à la famille et au travailleur de la santé. Voici quelques suggestions.

  • Offrez une prière qui vous est familière et invitez le patient ou la famille à faire de même.
  • Assurez une présence respectueuse pendant que le patient et sa famille prient.
  • Invitez le patient ou la famille à commencer la prière et proposez de la terminer. Vous aurez une idée du langage du patient et pourrez y adapter votre conclusion.
  • Priez en des termes génériques, qui ne soient pas propres à une tradition. Dites par exemple « le Créateur », « le Tout-Puissant », ou « l’Esprit vivant » plutôt que « Dieu », « Jésus » ou « Allah ». La prière peut se terminer par un simple « Amen » ou « Que la paix soit avec vous » ou « Soyez béni » plutôt que par « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». (N’employez pas de mots qui appartiennent à la tradition du patient mais pas à la vôtre pour éviter d’avoir l’air emprunté ou présomptueux.)
  • Utilisez des vœux qui ne sont pas liés à une tradition religieuse particulière. Ce peut être un simple « Que Dieu soit avec vous » ou « Dieu vous bénisse ». Toutefois, la situation ou le type de relation peuvent justifier un souhait plus long. Voici deux exemples :
    • La méditation sur l’amour et la générosité, adaptée de la tradition bouddhiste est largement répandue. La bénédiction y prend différentes formes, mais dans le contexte d’une crise et de soins de santé, les formules ci-dessous seront particulièrement utiles :
      Puissiez-vous être en paix. Puisse votre cœur resté ouvert.
      Puissiez-vous vous ouvrir à la lumière de votre propre nature.
      Puissiez-vous guérir. Puissiez-vous être source d’apaisement pour tous les êtres.
    • Vous pouvez aussi recourir aux vœux gaéliques traditionnels :
      Que la paix profonde de la vague déferlante soit avec toi.
      Que la paix profonde de l’air fluide soit avec toi.
      Que la paix profonde de la terre sereine soit avec toi.
      Que la paix profonde des étoiles brillantes soit avec toi.
      Que la paix profonde de la paix infinie soit avec toi.
  • Offrez au patient de demander à un chef spirituel de la tradition à laquelle il appartient de venir prier avec lui. Demandez-lui si lui-même ou sa famille souhaitent que vous soyez présent à ce moment.
  • Lisez une prière qui appartient à la tradition du patient. Le geste peut être particulièrement approprié s’il a des difficultés de cognition ou de communication.

La prière ne doit jamais être imposée au patient ou à la famille ni dite sans leur consentement. De même, les professionnels de la santé ne doivent jamais prier s’ils se sentent mal à l’aise, empruntés ou heurtés dans leurs propres convictions. Si vous priez pour le patient et sa famille, vous ne devez pas forcément le faire en leur présence. Vous pouvez simplement leur dire que vous prierez pour eux.